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samedi 17 mai 2008

Birmanie, Bogalay une ville martyre

L'envoyé spécial en Birmanie de RFI a pu se rendre dans les zones les plus dévastées par le cyclone Nargis.

Découvrez ci-dessous son carnet de route, en texte et en photos.

Les zones les plus touchées par le cyclone Nargis se trouvent dans le delta du fleuve Irrawady à 200 km au sud-ouest de Rangoon, l’ancienne capitale birmane.

Bogalay, c’est là que le cyclone a sans doute fait le plus de victimes. Certaines estimations officieuses mais sérieuses font état de 100 000 morts, rien que pour la région administrative, c'est-à-dire le township qui s’étend sur 180 km².


Route de Bogalay au milieu des rizières inondées.
(Photo : Luc Auberger)



Route de Bogalay.
(Photo : Luc Auberger)


C’est dans cette bourgade de 45 000 habitants que nous partons pour tenter de témoigner de la catastrophe humanitaire et de ses conséquences.

Pour accéder à cette zone interdite, nous allons emprunter une étroite route caillouteuse qui serpente au milieu des rizières et utiliser plusieurs moyens de transport.

Nous n’avons évidemment aucune autorisation. Nous nous sommes donc préparés à déjouer plusieurs contrôles de police.



Un village détruit, proche de Bogolay.
(Photo : Luc Auberger)



Sur cette route, nous découvrons la véritable ampleur des dégâts et les premières populations déplacées qui ont trouvé refuge sous des abris de fortune.

Abris de fortune sur le bord de la route de Rangoon à Bogalay.
(Photo : Luc Auberger)



Arrivée à Bogalay. Après avoir évité trois contrôles, dont un de l’armée, nous pénétrons dans la ville. 95% des habitations, souvent faites de bambous et de tôles, ont été endommagées, voire complètement détruites par le cyclone.


Destructions à Bogalay. (Photo : Luc Auberger)



Pour ne rien arranger, les pluies de mousson, en avance cette année, inondent les rues de la ville. Ce qui complique les opérations de secours et augmente le risque d’épidémie.



La rue principale de Bogolay. (Photo : Luc Auberger)







Les moines locaux traversent Bogalay en motos-taxi pendant que les habitants reconstruisent à la hâte.






Pieds nus sur les toits, les hommes remplacent, quand ils le peuvent, les plaques de tôle arrachées par le vent.


Bogalay, reconstruction sous la pluie. (Photo : Luc Auberger)



Il n’y a pas une minute à perdre, des trombes d’eau s’abattent chaque jour sur la ville et il faut mettre sa famille à l’abri.

Depuis la catastrophe, Bogalay accueille des milliers de déplacés qui s’entassent dans des camps improvisés : des monastères, des écoles, ou bien un temple hindou dédié à Ganesh, le dieu protecteur - Ça tombe plutôt bien !



Dans ce lieu, mille personnes reçoivent gratuitement de la nourriture, sans discrimination de race ou de religion. Solidarité hindoue en terre bouddhiste. Bien avant l’aide internationale, ce sont ces réseaux locaux de solidarité qui fonctionne le mieux.
Nous ne faisons aucune photo de déplacés dans ces camps pour ne pas être repérés.


Temple hindou de Bogolay, dédié à Ganesh. (Photo : Luc Auberger)



Pour comprendre l’ampleur de la catastrophe, nous arrangeons avec beaucoup de difficultés un départ en bateau pour aller dans le cœur du delta, là où les morts se comptent par milliers. Ce genre de voyage est interdit aux étrangers, y compris aux organisations non-gouvernementales.

Le gouvernement, évidemment, ne veut pas de témoins étrangers. Cette fois, ce sont des moines qui vont nous aider.

Grâce à leurs contacts, nous allons une fois de plus déjouer la vigilance des militaires pour parvenir à embarquer sur ce bateau d’une dizaine de mètres de long.

Le fleuve Irrawady. (Photo : Luc Auberger)






Deux moines sont du voyage. Ils découvrent avec nous un spectacle de désolation.






Cadavre et buffles gonflés par l'eau boueuse. (Photo : Luc Auberger)


Après une heure et demi de bateau - que nous avons passée cachés sous des bâches - nous arrivons à destination : le village de Kayan, ou plutôt ce qu’il en reste, c'est-à-dire presque rien


Le monastère a résisté, pas le village.(Photo : Luc Auberger)



Monastère de Kayan.(Photo : Luc Auberger)


L’endroit a été littéralement avalé par les eaux, soufflé par les vents, écrasé par la tempête ! Seul le monastère a résisté.

Cinq cents personnes vivaient là. Trois cents à peine ont survécu.




Un des rares villageois nous raconte son histoire. « L’eau est montée à deux mètres de haut et la vague a tout emporté. Nous n’étions pas préparés à cela. Toutes les maisons ont été détruites. Aujourd’hui, les trois cents survivants sont partis à Bogalay pour trouver de l’aide. Moi je reste ici avec les moines. »


Des villageois rescapés du cyclone Nargis. (Photo : Luc Auberger)


Ces paysans ont tout perdu : leurs maisons, leur bétail et leurs rizières, en partie inondées par de l’eau salée. C’est ça aussi la catastrophe : l’impossibilité pour les rescapés de cultiver leurs champs.

Après avoir discuté avec ce riziculteur, nous prenons le chemin du retour. On nous fait comprendre qu’il est trop risqué d’aller plus au sud, car la marine birmane patrouille sur le fleuve. C’est pourtant dans ces villages isolés parfois inaccessibles qu’il y a eu le plus grand nombre de victimes. Nous ne pourrons pas y aller.

Sur le bateau, pas un mot. Nous venons de prendre la mesure de la catastrophe. Elle est immense !

Nous resterons quatre jours à Bogalay avant de repartir vers Rangoon. Notre travail était loin d’être fini. Mais nous ne pouvions plus rester sans mettre en danger les Birmans qui nous avaient aidés. Nous leur rendons hommage : pour leur courage et la résistance dont ils font preuve au quotidien.

Bogalay-Rangoon : sur la route du retour, nous croisons de très nombreux déplacés. Chaque jour, ils sont plus nombreux à s’y agglutiner. Beaucoup d’enfants. Cela leur permet de rester au sec. Cela leur permet surtout de récupérer un peu d’aide lorsque les passagers des camions ou des voitures ouvrent leurs fenêtres.


Enfants au bord des routes à Bogalay. (Photo : Luc Auberger)


La course à l'aide humanitaire.(Photo : Luc Auberger)


Le voyage s’arrête à Rangoon.

Texte et photos : Luc Auberger pour RFI

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