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vendredi 26 septembre 2008

Birmanie, un an après, la situation s'est aggravée.


Il y a un an tout juste les birmans ont commencé à espérer, ils ont cru pendant quelques jours, qu'aux côtés des moines, ils arriveraient, avec l'appui de la communauté internationale, à ébranler la junte. Mais celle ci a tout juste sursauté, c'est à peine si on a senti une minuscule secousse.

Tant de blessés, tant de personnes arrêtées et torturées, tant de personnes tuées pour rien.
Oui, si la Communauté Internationale n'accentue pas une bonne fois pour toute la pression sur la Junte, tout cela aura été fait en vain.


Aujourd'hui, des mesures de sécurité très strictes empêchent toute nouvelle manifestation. Les moines et les Birmans souhaitent descendre de nouveau dans la rue mais cette fois ci c'est impossible, la junte a prit les devants.

Un an après, la situation des Birmans n'a pas changé, elle a même empiré. La situation a empiré malgré les Résolutions de l'ONU, malgré les visites de l'envoyé spécial de l'ONU qui n'ont pas servi à grand chose, sinon à donner "bonne conscience" à la communauté Internationale.

Les militaires qu'on dit souvent "bêtes" sont finalement rusés et surtout ils ne font rien qui ne soit pas dans leur propre intérêt.
Un dernier exemple : la libération de 9000 détenus de "droit commun" dont seulement 7 prisonniers politiques.

Même si c'est une très bonne nouvelle pour ces 7 personnes et pour Win Tin âgé de 79 ans, (ce dernier, bien que libre, se considère toujours comme "prisonnier "de la junte) cela ne doit pas nous faire oublier les 2000 et même 2139 autres Prisonniers Politiques qui croupissent toujours en prison, dans des conditions de détention terrible: torture, absence de soin et de nourriture étant leur lot quotidien.

Cela ne doit pas nous faire oublier Aung San Suu Kyi.

La Communauté Birmane de France avance même l'hypothèse, dans un communiqué du 25 septembre, que si la junte a libéré des prisonniers de droits communs, c'est pour avoir des appuis à l'extérieur en cas de nouvelles manifestations, certains prisonniers de droit commun, étant prêt à tout pour obtenir leur liberté.

En réalité, à chaque fois que la Junte sent une pression un peu plus forte de la communauté Internationale, elle fait diversion.
Elle a procédé de la même manière après le cyclone Nargis, elle a ouvert ses portes progressivement, mais jamais complètement, afin de faire le minimum pour que la Communauté Internationale n'entre pas de "force"
et ne se mêle surtout pas de ses "affaires," et le plus triste c'est que ça a marché.

Cela fait un an que l'ONU n'arrête pas de demander la libération de tous les prisonniers Politiques, la junte en libère une poignée et la communauté Internationale se félicite croyant voire de la part de la junte un début d'ouverture.


Si ce n'était pas dramatique cela serait risible...

Dans sa dernière Résolution du 12 juin 2008, le Conseil des Droits de l'Homme avait pourtant expressément indiqué que "rien n’a été fait pour enquêter sur les actes commis lors de la violente répression des manifestations pacifiques de septembre 2007 et sur les violations des droits de l’homme qui y sont liées."

Par ailleurs il avait "engagé instamment le Gouvernement du Myanmar à mettre fin aux arrestations pour des motifs politiques et à libérer immédiatement tous les prisonniers politiques, sans condition;"

Or, depuis cette dernière résolution non seulement pas un seul prisonnier politique n'a été libéré mais comble de l'ironie, les arrestations ont continuées, comme si de rien était.

Ainsi la junte a libéré 7 prisonniers politiques* le 23 septembre 2008, mais ces derniers mois elle avait arrêté plus de 15 personnes.

(* D'ailleurs sur les 7 libérés,  l'un d'entre eux aurait été arrêté le lendemain de sa libération : lire la dépêche AFP plus bas)

On se retrouve donc au total avec plus de prisonniers politiques qu'au moment de la dernière résolution.

« Malgré la joie immense que suscitent ces libérations, elles ne sauraient occulter le sort des 2130 autres prisonniers politiques, privés de liberté en raison de leurs activités politiques », a rappelé Isabelle Dubuis, coordinatrice d’INFO BIRMANIE. « N’oublions pas que durant les douze derniers mois, le nombre de prisonniers politiques a quasiment doublé ».

A la question posée à Win Tin à sa sortie de prison : "Les autorités birmanes vous semblent-elles capables de faire preuve de flexibilité ?" il a répondu:

"Je ne crois pas qu’elles peuvent changer… Vous savez, en Birmanie, la structure politique du bas jusqu’en haut est verrouillée par les militaires. Beaucoup de gens influents, beaucoup de commerçants, d’hommes riches, de techniciens sont des militaires. Donc je suis plutôt pessimiste. Les militaires sont partout. Dans toutes les strates de la vie birmane. "

Depuis plusieurs mois les médias (français) ne parlaient plus du tout de la Birmanie, c'était la "Nuit médiatique" et depuis la libération de U Win Tin,(U = "Monsieur" en Birman) on peut de nouveau lire des articles sur la Birmanie dans tous les médias français. Mais surtout comme la "révolution safran" a un an, on en parle, mais demain, elle aura un an et un jour et de nouveau ce sera le silence médiatique.

Comme je l'ai déjà indiqué dans la présentation de ce blog: Dans les Médias (français) on ne parle de la Birmanie que lorsqu'il y a du spectaculaire : des moines dans la rue ou un cyclone, mais le reste du temps la Birmanie n'intéresse pas grand monde alors qu’il s’agit d’une des pires dictatures au monde.

Le plus terrible c'est que cette indifférence et ce silence médiatique assourdissant renforcent le pouvoir de la junte qui est livrée à elle même. Ainsi, les crimes contre l'Humanité dont elle s'est rendue coupable sont non seulement impunis mais inconnus, comme si ils n'existaient pas.

Plus il y aura de lumière sur ce pays, plus la Junte sera en position de faiblesse. Moins il y aura de lumière plus elle aura de force. Et depuis ces 20 dernières années ça force ne fait que grandir grâce à notre indifférence, à notre silence et aux échecs répétés des "Bons offices" de l'ONU.

La Communauté Internationale se contente de dire à la Junte : ATTENTION SINON! Mais sinon QUOI??

Sinon rien du tout et la junte le sait très bien.

Selon le président de l'association info-Birmanie : Il serait temps d'accroitre la pression sur la Birmanie.
Oui il serait temps, mais est-ce que cela va vraiment être fait, j'en doute. La France risque même d'aller dans le sens inverse puisque Le gouvernement français tend la main à la junte birmane

Je me demande parfois qui est plus bête que l'autre, l'ONU, qui se félicite aussi facilement de la libération de 7 prisonniers politiques alors qu'il ne s'agit, de toute évidence, que de "manœuvres" de la Junte; ou la Junte, qui sait comment s'y prendre pour faire baisser,
toujours au bon moment, la pression qui pèse sur elle, en donnant quelques miettes à la Communauté Internationale qui semble s'en contenter.

Kathy

PS: N'oubliez pas la manifestation qui aura lieu demain (samedi 27)à PARIS, RV au Parvis des Droits de l'Homme à 14h. En savoir plus : ICI

Et aussi : Olivier SC de Bloguer ou ne pas bloguer, rappelle dans ses deux derniers billets, la naissance de BLOG4BURMA (j'en parlerai à mon tour demain soir, en revenant de la manifestation) 



Mise à jour : 22h18 : 
  • Selon une dépêche AFP de ce soir:  un prisonnier politique arrêté 17 heures après avoir bénéficié d'une amnistie
RANGOON — Un ex-collaborateur de l'opposante birmane Aung San Suu Kyi aura eu peu de temps pour savourer sa liberté retrouvée: 17 heures seulement après avoir été libéré, Win Htein a été interpellé, a annoncé vendredi la Ligue nationale pour la démocratie (LND).

L'homme, âgé de 64 ans, avait été libéré mardi au bout de 12 ans dans le cadre d'une amnistie accordée à plus de 9.000 détenus dans tout le pays. Il faisait partie des sept membres du parti d'Aung San Suu Kyi à bénéficier de la mesure.

Citant la famille de l'opposant, le porte-parole de la LND, Nyan Win, a rapporté que Win Htein avait été arrêté 17 heures après sa libération. Aucune raison n'a été donnée par les autorités à ses proches pour son arrestation.

La famille s'était rendue à Mandalay, à mi-chemin de la prison de Kathar, dans le nord de la Birmanie, où il avait été emprisonné, pour le rencontrer, mais il n'est pas apparu. L'administration pénitentiaire l'a ensuite informée qu'il avait passé la nuit dans une pension de Kathar avant d'être ramené dans la prison, selon Nyan Win.

Cette situation "est cruelle et ne devrait pas se produire", a commenté le porte-parole du parti d'Aung San Suu Kyi. "C'est de la torture mentale".

Win Htein avait purgé une peine de 14 ans de prison, selon la Campagne américaine pour la Birmanie. Il était accusé d'avoir fourni de fausses informations à la presse étrangère.
Ancien officier de l'armée birmane, il avait rejoint le parti d'Aung San Suu Kyi lors de sa création en 1988. Il avait été son assistant personnel et conseiller.

Selon la Campagne américaine pour la Birmanie, Win Htein avait été brièvement interpellé début 1989 et torturé, puis de nouveau arrêté en la même année et détenu jusqu'en 1995.
L'organisation de défense des droits de l'homme Amnesty International estime qu'il reste encore environ 2.000 détenus politiques dans les geôles birmanes.




2 commentaires:

conseil sante a dit…

Bonjour,
Merci pour cette information et pour la dépêche AFP que je n'avais pas lu
En effet la situation est grave...

Bon week-end à vous
David de http://www.conseil-sante.org

Anonyme a dit…

Mais comment se fait-il que les soldats et policiers (qui sont aussi des gens du peuple) ne soient pas solidaire du peuple ? Et comment se fait-il aussi, mais là c'est mon tempérament de guerrier qui parle (on n'est pas militaire sans en avoir des séquelles), que le peuple en son entier ne se soulève pas et renverse tout ça. Le pouvoir ne pourra pas massacrer tout le monde, enfin ! Les soldats ne pourront pas forcément tuer leurs propres parents, frères et sœurs ! Si ?